Cela faisait quelques temps que flozo me parlait de ses projets de déGooglisation de son téléphone. Le sujet me trottait donc déjà un peu dans la tête et l’idée d’installer une distribution d’Android alternative sur mon téléphone m’avait effleurée sans pour autant que je prenne le temps de franchir le pas.

Lorsque mon appli bancaire m’informe la semaine dernière que ma version d’Android ne sera bientôt plus supportée, c’est un peu le déclic. La dernière mise à jour de mon Samsung S7 Edge date en effet de Mars 2020. Samsung considère donc qu’un appareil qui fonctionne encore très bien est déprécié au bout de 4 ans. Cette situation est vraiment choquante quand on sait que l’essentiel du bilan carbone d’un matériel informatique est avant tout lié à sa production, bien plus qu’à son utilisation.

Or il se trouve que j’avais vu entre temps au DevFest la conférence de Benoît Masson intitulée /e/OS, mon smartphone Android sans Google (dont le replay est disponible ici). Et j’avais cru comprendre qu'/e/OS pouvait permettre d’installer des versions plus récentes d’Android sur des téléphone plus maintenus.

Donc c’est parti, je ressors un Galaxy A5 abandonné à la maison pour tester l’installation d'/e/os. J’évite de le faire directement sur mon téléphone, même si la procédure semble assez peu risquée vu qu'il fait parti des modèles officiellement supportés par /e/os et pour lequel est même proposé un easy-installer.

La procédure d’installation sur le Galaxy A5 est légèrement plus compliqué, puisqu’il faut installer TWRP manuellement dans le recovery, et ensuite installer la distribution d'/e/os via adb sideload. Mais en suivant la doc d'/e/os et ce tuto, l’ensemble se déroule de façon fluide.

Je rencontre uniquement une petite difficulté lors de la réalisation d’un backup avec TWRP qui n’arrive pas à monter la partition data dont la taille apparaît à 0 et m’indique Failed to mount '/data' (Invalid argument). Ce problème est rapidement solutionné en suivant cette procédure de changement du format de la partition.

Je me retrouve alors avec un téléphone qui démarre sur /e/os. Lors du premier démarrage, /e/os me propose de me connecter à un compte Murena.io pour bénéficier des services cloud usuels (synchronisation des contacts, calendriers, notes et fichiers). Or j’avais cru comprendre lors du talk de Benoît Masson, que le compte Murena était un compte Nextcloud et qu’on pouvait donc utiliser sa propre instance de NextCloud.

Ça tombe bien, puisque j’ai mis en place depuis quelques années à la maison une instance Nexctcloud sur un RaspberryPI. Je rentre donc l’URL de ma propre instance de serveur NextCloud, mon nom d’utilisateur et un app password généré pour l’occasion. Et quelques secondes plus tard je me retrouve sur un système parfaitement intégré à mon NextCloud, avec mes contacts, mes notes et mes calendriers et l’ensemble des apps adaptées. Je suis bluffé par l’excellente intégration de /e/os avec NextCloud !

Le seul problème que j’ai pu rencontrer au niveau de cette synchronisation c’est que /e/os essaie automatiquement de synchroniser tous les fichiers présents sur mon NextCloud et se lance dans la foulée dans le téléchargement de quelques Go de données risquant de saturer rapidement l’espace disque du téléphone. Il y a bien des options dans /e/os pour configurer la synchronisation, mais on peut simplement activer/désactiver la synchro de l’ensemble des fichiers, il n’y a pas de granularité plus fine pour par exemple ignorer certains dossiers ou fichiers. Une solution consiste visiblement à installer l’app NextCloud qui offre des options beaucoup plus fines de configuration.

Jusque là je suis plutôt impressionné par /e/os : le téléphone est passé d’Android 8 à Android 11, l’intégration avec NextCloud est vraiment chouette, à part le manque d’options plus fines sur les fichiers.

Je découvre par contre un point qui me chagrine un peu plus au sujet de l’installation des apps. /e/os offre un App Lounge qui permet en gros d’installer des apps depuis le Play Store (avec ou sans compte Google), ou depuis FDroid sans devoir installer plusieurs application comme c’est en général le cas sur les distributions Android alternatives (Aurora Store pour le Play Store et FDroid pour les app Open Source).

Donc plutôt pratique et simple d’usage, mais en creusant un peu le sujet on découvre assez rapidement que l’App Lounge utilise le service cleanapk.org qui soulève un peu des doutes sur la sécurité des app fournies : on ne sait pas qui opère ce service et les informations à son sujet sont réduites à peau de chagrin. Les discussions à ce sujet sont nombreuses sur les forums de /e/os et l’ensemble me donne l’impression d’un manque surprenant de transparence. Ce risque est aussi mis en avant sur le blog de Kuketz qui analyse les questions de sécurité de plusieurs distributions alternatives Android.

Une solution consiste peut-être à installer Aurora Store et F-Droid pour éviter de passer par l’App Lounge, mais ce manque de transparence étonnant a semé un peu le doute dans mon esprit au vu des valeurs défendues par la fondation /e/os et me font hésiter pour le moment à poursuivre plus en avant l’usage d'/e/os…à suivre, peut-être que d’ici peu CleanAPK sera complètement retiré de l’App Lounge comme indiqué par Gaël Duval (le fondateur de /e/os) dans sa roadmap 2022 ?